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Campagne des 18 jours

Campagne des 18 jours

Campagne des 18 jours.

Le 10 mai 1940 marque le début de l'agression à l'Ouest : l'Allemagne lance son offensive sur les Pays-bas, la Belgique et le Luxembourg neutres.
En Ardenne, à Bodange et à Chabrehez, de petites unités de Chasseurs Ardennais figent pour quelques heures les divisions allemandes. L'opération Niwy improvisée à la hâte pour contrecarrer cette résistance belge imprévue, n'a pas les effets escomptés. Hormis à Butgenbach, sur la frontière Est, toutes les destructions ont été effectuées : les unités peuvent accompagner l'armée de campagne dans son repli.
Pourtant tout commence très mal pour les Belges : à 4h du matin, la Luftwaffe effectue les premiers bombardements sur les villes, les gares, les nœuds de communication et les aérodromes. L'Aéronautique militaire belge y perd la moitié de ses appareils. Plus grave encore, des parachutistes sont déposés par planeurs sur la superstructure trop peu défendue du fort d'Eben-Emael, et parviennent, au moyen de charges creuses, à réduire au silence la plupart des canons du Fort en moins d'une heure. La garnison se rendra le 11 vers 12h30.

Campagne des 18 jours.

Tout le secteur de la 7ème D.I. à la frontière hollandaise est violemment bombardé. La caserne de Lanaken est détruite. Le commandant Giddelo, responsable des destructions du secteur, y trouve la mort. Le pont de Kanne, défendu par le 2ème Grenadiers, saute d'initiative. Mais des parachutistes s'emparent des deux ponts vitaux de Veldwezelt et de Vroenhoven, par où pourront s'engouffrer les divisions blindées allemandes en direction de Tongres et, dès lors, menacer directement Liège. Au prix d'efforts héroïques, le pont voisin de Briegden est repris et explosé.
Des manquements sont déjà observés à la 4 D.I., minée par une propagande subversive. La médiocre 14 D.I. réagira aussi sans grande combativité. Des contre-attaques sont lancées, mais sans succès. Les missions de bombardements sur les ponts intacts s'avéreront tout aussi vaines. Après 36 heures de combats désespérés, la position doit être abandonnée. 10 000 hommes y seront faits prisonniers et une grosse partie de l'armement perdue.
L'aviation allemande manifeste partout une supériorité écrasante, bombarde, mitraille et harcèle sans cesse les troupes pressées par les chars. Telle sera toujours la situation pour les 3 semaines à venir.
Le repli vers K.W s'organise dans ces conditions difficiles.
Le 2ème Guides, les 1er et 2ème Carabiniers-Cyclistes s'illustrent dans les combats violents de Haelen et Tirlemont, permettant l'écoulement des dernières unités sur K.W.
A Hannut, les 2 et 3 DLM française remportent une victoire éphémère sur les chars allemands.
Le 12 mai, les Allemands avaient déjà entamé à Houx la 9ème Armée française et s'infiltreront bientôt dans la vallée de la Meuse, d'Yvoir à Givet. Les troupes d'intervalle de Namur échappent de justesse à la capture, abandonnant les forts à leur triste sort. Tout comme ceux de Liège, ils tomberont sans faillir, un à un.
La Meuse est franchie à Monthermé. Le 13, sur le front de la 2ème Armée, une attaque ennemie, soutenue par une artillerie et une aviation puissantes, s'est emparé de Sedan vers 17 heures et crée une brèche devant laquelle se concentre une formidable masse de divisions blindées que plus rien ne pourra arrêter.
C'est le point de départ de la réelle offensive : non pas foncer vers Paris, comme on pouvait le croire, mais bien en direction de la mer, dans le but d'encercler les armées alliées.
Le 14, La 7ème Armée française est rejetée sur Anvers et les bouches de l'Escaut. L'armée hollandaise capitule.
De farouches engagements de chars français à Gembloux et à Flavion ont permis de gagner un peu de temps, mais bientôt, la retraite de la 9ème Armée se mue en déroute et dicte, dès le matin du 15 mai, une décision lourde de conséquences : le repli sur l'Escaut, soit abandonner sans combats une ligne puissamment assise pour des positions très aléatoires.
Sur K.W., les belges contiennent la poussée. De vifs engagements ont lieu à Louvain dans le secteur britannique.

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Le 16, les Anglais entament leur repli vers la Senne d'abord, la Dendre et puis vers l'Escaut. Les Belges entament un repli partiel. K.W. se vide progressivement. Malmenée par les Stukas, la tête des Flandres à Anvers flanche, mais une contre-attaque porte ses fruits. De nuit, l'armée belge recule pas à pas vers Gand et Termonde en trois phases. Les divisions se replient, somme toute en bon ordre, sans perdre ni leur cohésion, ni la jonction avec les Britanniques. Certaines auront perdu de l'effectif, mais elles auront contenu toutes les attaques. La 3 D.I. qui a récupéré de sa pénible marche depuis Liège remédiera à l'allongement du front à tenir. Dès le matin du 20, la position Escaut est tenue fermement, mais à 20h, l'entrée des Allemands à Abbeville réalise la scission tant redoutée.
Le 2ème Chasseurs Ardennais et la 8ème D.I. organisent préventivement des positions sur la Lys.

Campagne des 18 jours.

De Tournai à Audenarde, une forte pression s'exerce déjà sur les Britanniques. Le 21, ils cèdent sur l'Escaut obligeant l'Armée belge à un nouvel alignement.
Ayant pris le commandement, le général Weygand souhaite au plus vite ressouder le front Amiens-Arras avec la 1ère Armée, les débris de la 9ème, le concours des Anglais et l'armée du général Georges disposée au sud de la Somme.
Le 22 au soir, ordre est donné à l'armée belge d'effectuer une bataille d'arrêt sur la Lys et le canal de dérivation, de prolonger son front jusque Menin pour compenser le vide laissé par les Anglais qui se préparent à l'offensive sur la position frontière, avec retraite éventuelle sur l'Yser.
Le front qu'elle devra défendre s'étend alors sur 90 km, au préjudice de toute solidité.
L'armée reste seule à se battre en Belgique, hormis la 60ème D.I. française laissée à Bruges : il conviendra aussi de se garder à la frontière zélandaise maintenant menacée. Mais malheureusement, c'est sur l'armée belge que foncera alors le corps de bataille allemand, avec le secours de divisions cuirassées qui se rabattent à sa rencontre. Le 23, nouvelles défections à Gand (6 000 prisonniers). L'ennemi est toutefois rejeté à Kwatrecht et à Zingem. Des canonniers du 18ème Artillerie se muent en fantassins à Philippine. Ostende et Nieuport sont bombardées. L'Armée et une masse considérable de réfugiés civils sont coupées de toute possibilité de retraite extérieure.
Le 24, le repli est réussi, du matériel et des hommes ont encore été perdus, mais l'armée est en place, dos à la mer. La position est détestable : la rivière est méandreuse, peu profonde et étroite. La rive à défendre est plus basse que son opposée à bien des endroits et l'assaillant pourra approcher au plus près, caché par la végétation et les nombreuses agglomérations situées de son côté.
Les Belges vont y tenir quatre jours, sans reculer. L'effroyable bataille de la Lys va commencer.

Au Nord, Eecklo est emportée, mais une contre-attaque du II CA y fait 200 prisonniers. Au Sud, l'axe Menin-Courtrai est enfoncé. La 10 D.I.et la 9 D.I. referment vigoureusement la brèche, mais y laisseront des forces qui manqueront bientôt. L'artillerie ennemie pilonne les troupes, l'aviation ennemie bombarde et mitraille sans répit. L'artillerie belge travaille toujours magnifiquement.
Le 25, la pression s'accentue surtout dans la région de Menin-Nord, l'ennemi tentant de s'infiltrer, à la droite belge, dans le dos des Britanniques. Le 12ème Lanciers apporte un secours inattendu. A Deynze, c'est la trahison : la 4ème D.I. se laisse submerger sans combattre, des prisonniers sont employés comme boucliers humains. Le 1Ch. Ardennais ne fait pas de sentiments, tire, puis contre-attaque brillamment sur Vinkt et enraye ainsi la progression ennemie. Sur le Canal de dérivation, toutes les incursions sont encore repoussées.
Le 26, le front fléchit à Yzegem. A Oostwinkel, reddition du 23 Li. La bataille s'amplifie au Nord d'Eecklo, le Canal est forcé à Balgerhoeke. Des unités se délitent ou désertent la nuit tombée. A Oostrozebeke, fantassins du 21ème de Ligne, canonniers du 5A et soldats du 10ème Génie montent, tous ensemble, à l'attaque.
Le 27, toutes les troupes de réserve sont au combat. Les soldats se battent pied à pied et sont épuisés, les manœuvres sont devenues impossibles, les munitions d'artillerie et les vivres commencent à manquer. Au centre du dispositif, sur une largeur de 6 km, le manque de défenseurs ne peut plus endiguer la brèche qui se forme. Le front craque en plusieurs endroits et menace d'imploser. La situation devient également extrêmement critique au Nord.
Aucun secours n'est plus à espérer, aucune possibilité de rembarquement n'est offerte.

Après avoir renvoyé la 60 D.I.F. par camions belges vers l'Yser et averti ses alliés de l'effondrement proche, le Roi, estimant que l'armée a rempli toutes ses obligations, décide d'envoyer un émissaire pour s'informer des conditions d'une reddition. La réponse sera on ne peut plus claire : "Bedingungslose Waffenstreckung".

Le matin du 28 à 8h, le feu cesse sur le front belge. Dans la position fortifiée de Liège, Tancrémont tient toujours.