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Casque Pauliste type Adrian

Fiche

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Historique

L'armée brésilienne fut formée selon les théories et méthodes européennes avant 1914, enseignées essentiellement par l'Allemagne et la France.
L'influence allemande était très forte jusqu'au déclenchement de la première guerre mondiale, et le Brésil choisit de rester neutre jusqu'en 1917, lorsque le pays décida de se ranger aux cotés des alliés. Le Brésil déclara la guerre à l'Allemagne le 27 octobre 1917 après avoir rompu ses relations diplomatiques dès le mois d'avril. Toutefois, l'intervention brésilienne fut très limitée à la fin du conflit.
En 1919, une mission française fut réclamée par le gouvernement brésilien. Composé de 25 personnes et dirigée par le général Gamelin, cette mission, commencée en 1921, avait pour objectif d'organiser l'armée brésilienne. Des divergences de points de vue apparurent entre officiers formés à l'école française et l'école allemande avant guerre.
Bien que les uniformes fussent inspirés de l'uniforme américain de couleur kaki, l'influence française fut prédominante à partir des années 30 et tout particulièrement durant la présidence Getúlio Vargas de 1930 à 1945. En effet, le premier casque brésilien, fabriqué à partir de 1931, était très inspiré du casque Adrian français. Ce casque, de couleur vert olive, surmonté d'un cimier, était fabriqué en fibre, ne procurant au casque aucune résistance balistique.
Bien que Rio de Janeiro était à l'époque la capitale du Brésil, le pouvoir effectif appartenait réellement à un groupe de politiciens, d'hommes d'affaires et de grands propriétaires terriens de l'état de São Paulo, appelé les Paulistes.
En 1929, les élites de l'État de São Paulo rompirent l'alliance avec celles du Minas Gerais, symbole de la politique "café com leite" en vigueur depuis l'instauration de la République en 1889, et présentèrent leur propre candidat à la présidence, le pauliste Júlio Prestes. En réaction, le président du Minas Gerais, Antônio Carlos Ribeiro de Andrada, appuya la candidature d'opposition du gaucho Getúlio Vargas. L'élection présidentielle opposa ainsi, le 1er mars 1930, le candidat conservateur, désigné par le président sortant, Prestes, au candidat de l'Alliance libérale, Vargas, soutenu par trois États sur dix-sept (le Rio Grande do Sul, le Minas Gerais et le Paraiba).
Après plusieurs mois de dépouillement des résultats électoraux, Júlio Prestes fut déclaré vainqueur. Toutefois, la majorité des membres de l'Alliance libérale contestèrent les fraudes électorales et refusèrent d'en accepter le résultat. Une conspiration débuta, ayant pour base le Rio Grande do Sul et Minas Gerais, avec comme intention d'empêcher que Júlio Prestes assume la présidence, ce qui devait arriver le 15 novembre.
Cette conspiration subit un revers le 10 mai, à la mort, lors d'une catastrophe aérienne, du lieutenant Antônio Siqueira Campos. C'était un bon intermédiaire politique qui avait des contacts militaires à São Paulo. Avec sa mort cessèrent presque entièrement les volontés révolutionnaires parmi les militaires situés à São Paulo.
La révolution commença le 3 octobre 1930 par la prise du quartier général de la 3ème région militaire. L'attaque était commandée par Osvaldo Aranha et Flores da Cunha. C'est pendant cette attaque que l'on dénombra les premiers morts de la révolution de 1930. Au Nordeste, à cause d'une erreur d'interprétation des ordres donnés par le commando révolutionnaire, la révolution commença à l'aube du 4 octobre.
La révolution se répandit dans tout le pays. Le 6 octobre, le New York Times informait que 80 000 hommes étaient entrés en lutte. Vers la mi-octobre la révolution dominait à peine une partie du Nordeste et une partie du sud du Brésil. Restèrent fidèles au gouvernement fédéral les États de Santa Catarina, Bahia, São Paulo, Rio de Janeiro, toute la région nord : Amazonas, Pará et le territoire de Acre, ainsi que tout la région Centre-Ouest : Goiás et Mato Grosso.

Casque brésilien en fibre de type Adrian.
Casque brésilien en fibre de type Adrian.
Affiche de propagande constitutionaliste.
Affiche de propagande constitutionaliste.

On attendait qu'ait lieu une grande bataille à Itararé. Getúlio Vargas attendait l'événement en s'installant à Curitiba. La bataille attendue d'Itararé n'eut pas lieu car le 24 octobre, les généraux Tasso Fragoso et Menna Barreto et l'amirale Isaías de Noronha destituèrent Washington Luís par un coup d'État militaire et formèrent une junte militaire provisoire. Le même jour, Osvaldo Aranha était envoyé à Rio de Janeiro pour négocier l'entrée au pouvoir de Getúlio Vargas. La junte militaire gouverna le Brésil jusqu'au 3 novembre 1930 où elle passa le pouvoir à Getúlio Vargas.
Getúlio Vargas assuma alors la direction du gouvernement provisoire le 3 novembre 1930, date qui marque la fin de la "Vieille République" (1889-1930 "República Velha" en portugais). Prestes fut, quant à lui, contraint à l'exil.
En 1932, la population de l'état de São Paulo se souleva contre le coup d'état de 1930 à l'issu duquel Getúlio Vargas accéda au pouvoir. Vargas était soutenu par l'armée et les élites politiques de Minas Gerais, Rio Grande do Sul et de Paraíba. Le mouvement pauliste est né du ressentiment local que Vargas ait statué par décret la création d'un gouvernement provisoire à l'issu de la révolution de 1930, et non pas sur la base d'une constitution. La population s'engagea dans un grand mouvement civique, appelé la révolution constitutionnaliste contre le gouvernement provisoire de Getúlio Vargas.
La révolution de 1930 avait par ailleurs grandement diminué l'autonomie de l'état de São Paulo, contrairement au régime de la constitution de 1891. Le soulèvement de l'état de São Paulo avait pour but de conformer le gouvernement provisoire, dirigé par Getúlio Vargas, à une nouvelle constitution.
Cependant, le gouvernement Vargas, étant au courant du soulèvement qui se préparait, et émit l'hypothèse que le principal objectif des révolutionnaires de São Paulo était la sécession vis-à-vis du Brésil, ce qui permit de lier le reste de la population du pays au gouvernement contre les supposés séparatistes de São Paulo.
Le soulèvement pauliste commença le 9 juillet 1932, après la mort de quatre étudiants qui protestaient, tués par les troupes gouvernementales le 23 mai. A la suite de leur décès, un mouvement appelé MMDC (d'après les initiales des noms de chacun des quatre étudiants tués, Martins, Miragaia, Dráusio et Camargo) a commencé. Une cinquième victime, Alvarenga, a également été tuée dans la nuit, mais mourut quelques mois plus tard ( il eut été mortellement blessé dans la nuit et ne mourut que quelques mois plus tard). En quelques mois, l'état de São Paulo se rebella contre le gouvernement fédéral.
Afin d'organiser leur effort de guerre contre les troupes du régime de Getúlio Vargas, les Paulistes créèrent plusieurs départements, dont l'un d'entre eux était chargé de la fabrication d'un casque en acier pour la protection des forces engagées dans le camp Pauliste : volontaires ("Voluntários"), force publique ("Força Pública", assimilée à une police militaire) et l'armée de l'état de São Paulo.
Un collectionneur privé (précurseur de notre passion !) fournit deux casques en acier à ce département : un casque Adrian modèle 15 de fabrication française et un casque Mark I de fabrication britannique. Ces casques furent examinés et approuvés pour une production immédiate à plusieurs milliers d'unités. Le casque Adrian français fut modifié dans la forme de la bombe, dont deux versions distinctes furent fabriquées. Le casque anglais fut produit tel que, hormis la coiffe fabriquée presque intégralement en cuir.
Une association commerciale ("Associação Comercial") fut chargée de rassembler des fonds pour une production de masse dès la fin du mois de juillet 1932.

Ainsi la fabrication des premiers casques en acier brésilien fut confiée à plusieurs compagnies, parmi lesquelles on compte les sociétés : Cia de Louças e Esmaltados, Indústrias Reunidas Martins Ferreira, et Bernardini Indústria e Comércio. Sans doute chacune d'elle était responsable de la fabrication d'un type de casque.
Les bombes furent fabriquées par ces sociétés et ensuite livrées à l'association commerciale pour mise en peinture et assemblage des éléments internes.
Ces casques devinrent l'icône de la révolution, et chaque casque portait l'inscription "Offerta do Povo Paulista aos Soldados da Constituição" ou "O Povo Paulista aos Soldados da Constituição" en signe de reconnaissance de la population Pauliste à ses combattants.
On estime qu'environ 70 000 casques des trois modèles furent produits, dont la majorité fut distribuées aux troupes Paulistes. Toutefois, la révolution se terminant trois mois plus tard avec les défaites des constitutionalistes, les stocks restant furent capturés par le gouvernement fédéral, ainsi que les lignes de production.
C'est ainsi que ces casques furent utilisés ensuite par l'armée brésilienne, et la production de ces casques continua jusqu'en 1934 dans les usines Fábrica de Projeteis de Artilharia à Andaraí, Rio de Janeiro puis au Distrito Federal (district fédéral).
Ce mouvement révolutionnaire pouvait compter sur la solidarité des élites politiques des deux autres puissants états (Minas Gerais et Rio Grande do Sul), et les politiciens de São Paulo s'attendaient à une guerre rapide. Toutefois, cette solidarité n'a jamais été traduite en un soutien réel, et la révolte de São Paulo fut écrasée militairement le 2 octobre 1932. Au total, il y a eu 87 jours de combats (du 9 juillet au 4 octobre 1932), comptabilisant 934 morts officiels, mais des estimations non officielles avancent le nombre de 2 200 morts. De nombreuses villes de l'état de São Paulo ont subi des dommages durant les combats.
En dépit de sa défaite militaire, certaines des principales revendications du mouvement ont finalement été accordée par Vargas : nomination d'un gouverneur de l'état non-militaire, élection d'une assemblée constituante et, enfin adoption d'une nouvelle constitution en 1934. Cependant cette constitution fut de courte durée. En 1937, confronté à l'extrémisme croissant des ailes gauche et droite de l'échiquier politique, Vargas clôtura le congrès national et adopta une nouvelle constitution, qui établit un régime autoritaire appelé "Estado Novo".
Aujourd'hui, le 9 juillet, qui marque le début de la Révolution de 1932, est un jour férié. Les Paulistes considèrent la révolution de 1932 comme le plus grand mouvement de son histoire civique. C'était la première révolte de grande envergure contre le gouvernement de Getúlio Vargas et le dernier conflit armé majeur survenant dans l'histoire du Brésil.

Casque Paulista type Adrian Casque Paulista type Adrian Casque Paulista type Adrian Casque Paulista type Adrian
Casque Paulista type Adrian Casque Paulista type Adrian Casque Paulista type Adrian

Constitution

La coque :

Modèle à protubérance.

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Protubérance d'aération.
Protubérance d'aération.
Vue intérieure.
Vue intérieure.
Bordure retournée à l'intérieur.
Bordure retournée à l'intérieur.

La bombe du casque Pauliste de type Adrian est fabriquée d'un seul tenant par emboutissage progressif à froid d'une feuille d'acier. Deux variantes de ce modèle furent produites, dont la forme est très proche du casque Adrian modèle 15. Constituée d'une calotte de forme hémisphérique, ce casque comporte une visière et un garde nuque solidaire de celle-ci, ne présentant pas de bourrelet à contrario du modèle 15 français.
Une première version du modèle copié sur le casque Adrian est démunie de cimier et comporte une protubérance circulaire formée lors de l'emboutissage de la coque.
Cette protubérance comporte quatre perforations pratiquées par repoussage du métal à l'intérieur de la bombe et fait office d'aérateur. Par ailleurs on note des variantes de fabrication de ce modèle, où cette protubérance est plus ou moins prononcée.
Après mise en forme de la bombe, la bordure brute est retournée mécaniquement vers l'intérieur du casque afin de former le jonc de bordure.
Quatre agrafes crampons en tôle sont soudées aux quatre points cardinaux de la bombe, et sont destinées à maintenir le système de coiffe et d'aération. Les doubles agrafes crampons sont espacées d'environ 1 cm. De chaque coté du casque sont soudés les passants de jugulaire.
La bombe est mise en peinture après livraison auprès de l'association commerciale, ayant commandé les bombes. Les casques furent peints de couleur vert olive de manière satinée et plus tard furent repeint de couleur vert kaki foncé légèrement texturée afin de matifier la peinture.

Modèle à cimier.

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.

Une seconde version, plus proche du casque Adrian français, est munie d'un cimier très court fixé au niveau sommital du casque. Ce cimier, découpé dans une feuille d'acier, est formé par emboutissage. Il est galbé à la forme exacte du sommet de la bombe et comporte une nervure de raidissement. Une encoche est pratiquée sur chaque coté, de façon à ménager un espace entre la bombe et le cimier au niveau du puits d'aération, permettant la circulation d'air.
Le cimier, remplaçant la protubérance d'aération, surmonte une excroissance emboutie au sommet puis décalottée. Il est fixé par quelques points de soudures électriques appliqués à ses extrémités.
Hormis cette différence, ce casque est de forme identique au modèle précédemment décrit. Toutefois, on note que les agrafes crampons sont espacées de quelques centimètres et la bordure du casque est retournée à l'extérieur.

La coiffe :

Intérieur de la bombe, quatre plaquettes ondulées et quatre double agrafes.
Intérieur de la bombe, quatre plaquettes ondulées et quatre double agrafes.
Détail double agrafe à fixer sur le bandeau en drap.
Détail double agrafe à fixer sur le bandeau en drap.
Plaquette ondulée maintenue sur une double agrafe.
Plaquette ondulée maintenue sur une double agrafe.

Détail maintien de la coiffe.
Détail maintien de la coiffe.
Jointure bandeau de cuir de la coiffe.
Jointure bandeau de cuir de la coiffe.
Marquage du don de la population aux soldats.
Marquage du don de la population aux soldats.
Marquage : Paulista.
Marquage : Paulista.

La coiffe des deux modèles de type Adrian est en tout point identique à celle du modèle 15 français du second type. Cette coiffe, fabriquée en cuir blanc ou en cuir brun rougeâtre, est composée d'un large bandeau de cuir sur lequel sont cousues six dents découpées séparément. L'extrémité de chacune d'elle est trouée et l'orifice est renforcé d'un œillet métallique pour le passage du lacet de réglage en profondeur de la coiffe.
Ces six dents sont maintenues par deux lignes de couture parallèles effectuées sur toute la longueur du bandeau de cuir.
Sur l'autre longueur du bandeau est cousu un turban de toile épaisse. C'est la pièce maitresse de la coiffe, puisque c'est sur lui que le bandeau de cuir est cousu et que les agrafes crampons se referment. Le turban est percé de huit trous qui reçoivent les agrafent crampons de la bombe.
L'ensemble est fermé par une ligne de couture à points parallèles à l'arrière de la coiffe, refermant le bandeau en cuir et le turban de toile. Le turban est assemblé par une ligne de couture pour les coiffes à protubérance, deux lignes de coutures pour les casques à cimier.
Avant montage de la coiffe, quatre plaquettes ondulées, fabriquées en aluminium, jointives entre elles, sont maintenues aux agrafes crampons en même temps que la coiffe.
Ces plaquettes ondulées ont pour double objectif de caler la coiffe et d'assurer l'aération entre celle-ci et les parois de la bombe. Contrairement au casque Adrian modèle 15, ces plaquettes ne sont pas fabriquées en plusieurs tailles, ni d'épaisseurs différentes, pour l'ovalisation de la coiffe : ce procédé ayant sans doute échappé aux concepteurs de ces casques.
Les coiffes équipant les casques à protubérance sont marquées en lettres argentées de la mention "Paulista" en référence aux habitants de l'état de São Paulo et à l'opposé la mention "Oferta do Povo Paulista aos Soldados da Constituição", signifiant : Offert par le peuple de São Paulo aux soldats de la constitution.
Les coiffes des modèles à cimier, sont marquées en lettres estampées et argentées de la mention "O Povo Paulista aos Soldados da Constituição", signifiant : Le peuple de São Paulo aux soldats de la constitution.
Ces mentions sont bien évidements absentes dans les casques fabriqués durant les années 1933-1934.

Coiffe.
Coiffe.

La jugulaire :

Passant de jugulaire.
Passant de jugulaire.
Boucle coulissante de réglage.
Boucle coulissante de réglage.

La jugulaire est constituée d'une fine sangle de cuir de couleur blanc ou brun rougeâtre, d'une longueur d'environ 60 cm pour environ 1 cm de large. Une de ses extrémités enchape une boucle arrondie à l'échelle à l'aide d'un rivet en faux œillet.
L'autre extrémité coulisse librement dans un des dés du casque puis dans la boucle de réglage et enfin se fixe sur le second passant de jugulaire grâce à un second rivet. Elle n'est pas démontable et sa faible épaisseur la rend fragile.
Les passants de jugulaire sont constitués d'une boucle métallique fabriquée à l'aide d'une tige métallique pliée de forme rectangulaire aux cotés arrondies. La base de cette boucle est prise dans une plaque métallique pliée sur elle-même, formant ainsi une enchapure. Cette base est ensuite soudée électriquement de chaque coté du casque.