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Casque Modèle 23

Fiche

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Historique

Dénommée dans un premier temps "Artillerie Spéciale" (A.S.), l'arme des chars de combat est mise sur pied en 1916.
Un équipement spécifique s'avère rapidement nécessaire pour évoluer dans l'espace réduit des chars. Le casque reste l'Adrian du modèle général. Cependant, il n'est pas du tout adapté car la visière empêche de s'approcher des fentes de visée et autre épiscopes. Le général Estienne, surnommé "le père des chars", commandant l'A.S. réclame un modèle de casque adapté. Devant la lenteur de l'Intendance à lui donner satisfaction, il préconise à ses troupes de modifier eux-mêmes leurs casques Adrian du modèle général.
Finalement, fin 1918, l'Intendance entérine les modifications voulues par le général Estienne et lance la fabrication du premier casque "dit modèle 19", mais son appellation officielle est : "Casque pour les régiments de chars de combat et pour les militaires des escadrons d'autos-mitrailleuses de cavalerie". Quelques améliorations sont apportées par rapport au casque modèle général modifié, notamment une coque moins près du crane et un bandeau frontal en cuir. En même temps une rondache de casque pour l'A.S. est créée, elle reprend l'insigne de béret entouré des lettres RF. Les escadrons d'autos-mitrailleuses, quant à eux, conservent la grenade du modèle général.
Toutefois, faute de maitriser l'acier au manganèse, il est toujours fabriqué en deux pièces de tôle laminée de 7/10èmes. La bombe et le couvre-nuque sont solidarisés uniquement par un jonc de sertissage, ce qui fragilise le casque à ce niveau.
L'expérimentation de l'acier au manganèse et de nouvelles techniques d'emboutissage se poursuit après la guerre, sous l'autorité du médecin aide-major Polack.
En mars 1922, une commission est constituée aux fins de décider du casque nouveau modèle général. L'acier au manganèse est retenu à cause de ses qualités d'étirement permettant d'une part une facilité d'emboutissage et d'autre part une déformation maximum avant rupture. La forme retenue est celle de l'Adrian, symbole de la victoire. Il sera embouti en une seule pièce dans une plaque d'acier au manganèse.
Une version mono-pièce du casque pour les régiments de chars de combat et pour les militaires des escadrons d'autos-mitrailleuses de cavalerie, est immédiatement réalisée.
Ces casques, considérés comme expérimentaux, ne sont pas décrits au bulletin officiel (BO) et sont simplement désignés comme "nouveau modèle". Par commodité on les appelle aussi "modèles de transition", les collectionneurs leur donnent la désignation non officielle de "Modèle 23".
Le casque modèle 23 pour RCC et EAMC, conserve la même forme que le casque modèle 19 mais en une seule pièce. Certains exemplaires, cependant, sont pourvus d'un couvre-nuque à 45° au lieu des 60° du modèle 19. Le système de coiffe et de gaufrettes en aluminium maintenues par des agrafes-crampons, est conservé. On peut observer une progression dans les modifications : la fente d'aération héritée du casque Adrian Mle 15 est présente dans un premier temps puis remplacée par une série de trous qui affaiblissent moins la coque.
Enfin en 1926 le système de coiffe du modèle général est modifié. La coiffe repose sur quatre lames ressort. En mai 1926, "le casque nouveau modèle" est décrit au BO, dans cette dernière configuration. Cette modification s'applique également au casque pour les régiments de chars de combat et escadrons d'autos-mitrailleuses de cavalerie. Ces "casques nouveau modèle" sont connus sous la désignation globale de modèle 26.

Casque modèle 19.
Casque modèle 19.
Casque modèle 19. Casque modèle 19. Casque modèle 19.

Constitution

La bombe :

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Le bandeau a été remplacé par un plus court.
Le bandeau a été remplacé par un plus court, d'où une seconde perforation.
Fentes pour la fixation de l'attribut.
Fentes pour la fixation de l'attribut.
Détail montage de l'attribut.
Détail montage de l'attribut.
Trous d'aération de 3 mm.
Trous d'aération de 3 mm.
Trous d'aération de 4 mm.
Trous d'aération de 4 mm.

Comme celle du casque du modèle général, la bombe du casque modèle 23 pour chars est emboutie en une seule pièce, dans une tôle d'acier au manganèse. Elle a la forme d'une demi-sphère ovalisée à la base. Le bord vif de la tôle, n'est plus retourné extérieurement, l'acier au manganèse s'y prêtant mal. Il est recouvert, sur toute la périphérie du casque, par un jonc de tôle d'une largeur après pose de 4 mm.
L'aération de 5 x 1,5 cm qui se trouvait au sommet du modèle précédent, est conservée dans un premier temps. Mais fragilisant la bombe, elle est remplacée, dans un deuxième temps, par une série de 8 trous disposés en quinconce. Ces trous ont un diamètre de 3 mm puis de 4 mm.
Comme sur le modèle 19, l'avant de la bombe ne comporte pas de visière. Elle est remplacée par un bandeau de cuir collé à la colle forte et fixé à ses extrémités par deux rivets fendus. D'une épaisseur d'environ 2,5 mm, il est formé par deux ou trois bandes de cuir de chèvre ou de mouton, superposées et solidement assemblées entre elles par une piqûre établie à environ 3mm des bords. La partie apparente est noircie et glacée. Il comporte en outre, un retour en mouton glacé, d'environ 45 mm de long dans sa partie centrale, qui s'adapte à l'intérieur du casque dans lequel elle est collée.
Le couvre-nuque, identique au Mle 19, est embouti d'une seule pièce avec la bombe, il forme un angle de 60° avec le plan passant par la pliure et le rebord avant du casque. Cependant, contrairement au Mle 19, où il est rectiligne, le décrochement au niveau de l'oreille est en doucine prononcée.
Deux fentes de 7 mm espacées de 35 mm sont percées sur l'avant, à 70 mm du bord du casque. Destinées à recevoir l'attribut des chars de combat Mle 19, elles sont remontées par rapport au modèle général, du fait de la présence du bandeau. En contre partie, le cimier est raccourci sur l'avant d'environ 4 cm ; il adopte un profil plat sur l'avant comme le Mle 19. Il est désormais embouti en duralumin. Sa structure est simplifiée sur certains exemplaires.
Enfin des agrafes crampons en tôle de 7/10èmes sont soudées aux quatre points cardinaux de la bombe. Destinées à maintenir le système de coiffe et d'aération, elles comportent deux branches de 90 x 5 mm. La base des deux agrafes latérale se prolonge par une enchapure enfermant un dé métallique rectangulaire de 10 x 20 mm, faisant office de passant de jugulaire.
Les bombes sont fabriquées en trois tailles, de mêmes dimensions que le Mle 19. Cependant, comme pour le nouveau modèle général, on revient à la nomenclature du Mle 15 en supprimant la taille A et en créant une taille D.
La bombe la plus petite est donc la taille B de 63 cm de développement (identique à la taille B du Mle 15 et à la taille A du Mle 19). La plus grande est la taille D de 69 cm de développement, identique à la taille C du Mle 19 et n'existe pas sur le Mle 15 (Voir tableau).

Agrafe crampon frontale, la soudure est recouverte par le cuir du bandeau.
Agrafe crampon frontale, la soudure est masquée par le cuir.
Agrafe crampon latérale et passant de jugulaire.
Agrafe crampon latérale et passant de jugulaire.
Agrafe crampon arrière et rivet du cimier.
Agrafe crampon arrière et rivet du cimier.

La coiffe :

La garniture d'aération du casque modèle 19 est conservée. Il semble cependant, au vu des casques examinés, que le clinquant de fer blanc de 4/10èmes, placé entre la coiffe et les bandes d'aluminium, ne soit pas reconduit.
Tous les casques sont donc munis, sur tout le pourtour, de quatre bandes ondulées en aluminium de 3/10èmes. Il n'existe aucun intervalle entre ces bandes après adaptation au casque. L'amplitude des ondulations est fonction de la taille de la bombe et de celle de la coiffe (Voir tableau). Les bandes ondulées et la coiffe, sont maintenues par les agrafes-crampons soudées à la bombe.

La coiffe en cuir, comme pour le modèle général, est toujours de conception identique à celle du Mle 15. On peut en trouver datées antérieurement à 1923, les stocks existant à cette époque étant encore conséquents. Cependant la plupart des coiffes recensées sont datées de 1924 et sont d'une facture plus robuste. Notamment, le bandeau de drap de récupération est abandonné au profit d'un épais bandeau de feutre.
La coiffe est composée d'un bandeau de cuir de mouton noirci et glacé, de 7 cm de large et d'une longueur variant en fonction du tour de tête souhaité.
Sur l'un des bords est cousu intérieurement un bandeau de feutre de 5 mm d'épaisseur et de 4 cm de large. Les deux bandeaux se recouvrent de 15 mm. Sur l'autre bord, six dents du même cuir sont maintenues par deux coutures parallèles espacées de 5 mm, parcourant intégralement la totalité du bandeau. Ces dents, de forme triangulaire à sommet arrondi, ont une base de 7 cm et une hauteur de 9 cm et une perforation à 1 cm de leur extrémité, destinée au passage du ruban de réglage en profondeur. Elles sont réparties uniformément sur le bandeau.
In fine, le bandeau est refermé sur lui-même par une forte couture en zigzag. Les dents sont réunies par un ruban de toile noire passant dans chacune des perforations. Le nouage plus ou moins serré de ce ruban permet le réglage de la coiffe en profondeur.
Huit perforations sont ménagées dans le feutre, correspondant aux huit agrafes crampons de la bombe. Une fois la coiffe en place, le cuir est remplié par-dessus le feutre, à l'intérieur du casque.
Les coiffes existent en neuf tailles allant du 54 au 62. Chaque taille de bombe est prévue pour trois tailles de coiffe :
    - Bombe B = 54, 55, 56.
    - Bombe C = 57, 58, 59.
    - Bombe D = 60, 61, 62.
L'adaptation est effectuée par la garniture d'aération décrite plus haut (Voir tableau ci-dessous).

Coiffe du type modèle 1915/16 avec les plaquettes ondulées Mle 19.
Coiffe du type modèle 1915/16 avec les plaquettes ondulées Mle 19.
Bombe Mle 19 A B C
Bombe Mle 23 B C D
Développement 63 66 69
Axe longitudinal 21 22 23
Axe transversal 19 20 21
Tailles coiffe 54 55 56 57 58 59 60 61 62
Plaquettes avant/arrière 7 5 3 7 5 3 7 5 3
Plaquettes latérales 8,5 7 5 8,5 7 5 8,5 7 5
Amplitude en mm des plaquettes d'alu ondulées sur les casques Mle 19 et 23.
        Exemple d'un Mle 19, bombe B taille 57.
Exemple d'un Mle 23, bombe C taille 58.
Coiffe repliée (recto), couture et perforations des agrafes crampons.
Coiffe repliée (recto), coutures et perforations des agrafes crampons.
Coiffe repliée (verso).
Coiffe repliée (verso).
Coiffe dépliée (recto).
Coiffe dépliée (recto).
Coiffe dépliée (verso).
Coiffe dépliée (verso).
Coiffe dépliée vue de dessous.
Coiffe dépliée vue de dessous.
Détail des coutures.
Détail des coutures.

La jugulaire :

Jugulaire coté libre.
Jugulaire coté libre.

La jugulaire est identique à celle du nouveau modèle général. Elle est constituée d'une sangle de cuir de chèvre de 57 cm de long pour 15 mm de large.
Une de ses extrémités enchape une boucle carrée à échelle, à l'aide d'un rivet fendu. L'autre côté coulisse librement dans un des dés du casque puis dans la boucle de réglage et enfin se fixe sur le deuxième dé grâce également à un rivet fendu.
La teinte du cuir est en général havane, tirant plus ou moins sur le rouge. A noter que l'on trouve aussi des jugulaires teintées en noir.
A partir de fin 1924, la jugulaire est faite en cuir fauve naturel de vachette ou cheval, dans les mêmes dimensions mais plus épaisse, avec des rivets tubulaires.

Jugulaire coté fixe, tête du rivet.
Jugulaire coté fixe, tête du rivet.
Jugulaire coté fixe, pattes du rivet.
Jugulaire coté fixe, pattes du rivet.
Boucle de réglage.
Boucle de réglage.
Détail fixation.
Détail fixation.

La peinture :

La peinture est la même que celle appliquée au modèle général depuis 1916. Les bombes sont peintes en bleu clair, à l'aérographe, en usine. Elles sont ensuite séchées dans un four à gaz à la température de 120° pendant environ 2 heures. La peinture ainsi obtenue, est solide, lisse et mate. La teinte bleu clair a foncé pour arriver à une teinte gris fer (appelée à tort bleu horizon qui est la teinte des uniformes).
Les casques peuvent être repeints, parfois même plusieurs fois au cours de leur carrière. Dans les années 20, ils sont repeints en noir brillant, surtout dans les autos-mitrailleuses pour être assortis à la veste de cuir noir en dotation. Enfin ceux encore en service en 1939/40 sont repeints en kaki.

Casque des chars de combat peint en bleu en usine.
Casque des chars de combat peint en bleu en usine.
Casque des autos-mitrailleuses de cavalerie repeint en noir.
Casque des autos-mitrailleuses de cavalerie repeint en noir.

Les marquages :

Comme sur le nouveau modèle général, ils sont apposés à l'encre noire au fond de la bombe. Il s'agit d'abord de la lettre indiquant la taille de la bombe, B, C ou D. Le fabricant (hormis Franck) est indiqué par une série d'initiales difficiles à identifier. Par exemple : CC, CCC, MH, SC, SD, IY.
En ce qui concerne la coiffe, on peut trouver la taille, un tampon du fabricant ainsi que parfois des tampons de réception. Ces inscriptions sont portées au verso des dents de la coiffe, en blanc ou en noir, en fonction de la couleur du cuir.

Bombe de taille C, fabricant IY.
Bombe de taille C, fabricant IY.
Coiffe de 56 de tour de tête.
Coiffe de 56 de tour de tête.

Les attributs :

Pour les escadrons d'autos-mitrailleuses de cavalerie (AMC), l'attribut est celui de la cavalerie, c'est-à-dire la grenade toutes armes modèle 15.
Pour les chars de combat, c'est toujours l'attribut créé en 1919, le heaume fermé, brochant sur deux canons croisés et entouré des lettres RF. Il est estampé sur une rondache de tôle ou de fer blanc de 4/10èmes, d'un diamètre de 65 mm. Il en existe deux dessins, un heaume à cou court et un heaume à cou long.
Les attributs sont fixés au casque par leurs agrafes-crampons passant dans les fentes de la bombe prévues à cet effet.

Attribut modèle 19 des RCC, variante cou court.
Attribut modèle 19 des RCC, variante "cou court" .
Attribut modèle 19 des RCC, variante cou long.
Attribut modèle 19 des RCC, variante "cou long".
Attribut modèle 15 des EAMC.
Attribut modèle 15 des EAMC.

Variantes

De haut en bas: Mle 19, Mle 23 classique, Mle 23 IY.
De haut en bas : Mle 19, Mle 23 "classique", Mle 23 "IY".

Sur le casque Mle 19, la pente du couvre-nuque devait former un angle de 60° avec le plan contenant la base de la bombe. Si sur de nombreux casques du Mle 23, cette caractéristique est maintenue, d'autres possibilités ont été explorées.
Le casque Mle 23 présenté ici, provenant du fabricant "IY", en est un exemple. C'est une fabrication précoce puisque les trous d'aération ont 3 mm de diamètre.
Pour le comparer à un Mle 23 "classique" avec un couvre-nuque à 60°, le plan contenant la base de la bombe a été matérialisé par une ligne droite rouge, sur les deux casques. On a pu ainsi superposer les deux casques en prenant cette ligne comme repère.
On peut faire les constatations suivantes :
    - Les deux bombes et les cimiers se recouvrent parfaitement.
    - Les deux casques diffèrent complètement dans leurs parties basses.
Sur le casque fabriqué par "IY", le bandeau est plus long, décalant les rivets vers l'arrière. Le couvre-nuque est très différent du modèle courant, la courbe du décrochement au niveau des oreilles, est plus douce. Mais surtout, la pente par rapport au plan de la base de la bombe n'est que de 45°. Il est de ce fait plus évasé et sa largeur est inférieure d'environ 5 mm.
On retrouvera des disparités similaires, vraisemblablement dues aux différents fabricants sur les successeurs du Mle 23 pour chars de combat : les Mle 26 et Mle 35.

Casque Mle 23 classique, vue de profil.
Casque Mle 23 "classique", vue de profil.
Casque Mle 23 de fabrication IY vue de profil.
Casque Mle 23 de fabrication "IY" vue de profil.
Casque Mle 23 classique, vue arrière.
Casque Mle 23 "classique", vue arrière.
Casque Mle 23 de fabrication IY vue arrière.
Casque Mle 23 de fabrication "IY" vue arrière.
Superposition des profils.
Superposition des profils.
Superposition des vues arrière.
Superposition des vues arrière.