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Casque Modèle 27

Fiche

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Historique

Sous domination anglaise depuis le XVème siècle, l'Irlande connait durant le XIXème siècle une émigration massive (plusieurs millions d'émigrés) en direction de l'Amérique, émigration accrue par les conséquences de la terrible famine qui sévit en Irlande entre 1846 et 1848. Cette famine est d'ailleurs l'objet de controverses, les nationalistes irlandais considérant que c'est délibérément que la couronne britannique laissa les Irlandais mourir de faim.
Mais à la fin du XIXème siècle, le mouvement pour l'indépendance reprend de la force, les élus irlandais au parlement britannique s'en font l'écho. Une suite de réformes agraires commence à restituer des terres aux Irlandais. En 1905, le Sinn Féin indépendantiste est fondé. De son côté, James Connolly fonde le premier journal socialiste irlandais : "Workers' Republic". Des syndicats irlandais se développent.
En 1914, le "Home Rule" est voté, donnant une autonomie relative à l'île. Néanmoins le pouvoir suspensif de la Chambre des Lords, puis le déclenchement de la première guerre mondiale, l'empêcheront d'être mis en œuvre. Durant la guerre, en 1916, sous la direction de "l'Irish Republican Brotherhood" du Sinn Féin et de "l'Irish Citizen Army" de James Connolly, éclate l'insurrection de Pâques 1916 à Dublin, qui proclame la République au nom de Dieu et des générations disparues. Elle est écrasée au bout d'une semaine. Mais le Sinn Féin en retire une popularité accrue : il remporte triomphalement les élections de décembre 1918, constitue un parlement irlandais (le "Dáil éireann") et proclame l'indépendance. Le pouvoir britannique dissout le parlement. Un nouveau soulèvement éclate, qui va durer trois ans.
Le 6 décembre 1921, des négociations entre le gouvernement britannique et les dirigeants nationalistes irlandais aboutissent au traité de Londres, qui fait de l'Irlande, amputée des deux tiers de l'Ulster, un dominion au sein "l'Irish free state", qui se dota d'une constitution en octobre 1922. En fait, la partition de l'île s'est faite sur des critères économiques. L'Est de l'Ulster était la région la plus développée à l'époque. C'est pourquoi six des neuf comtés de l'Ulster restèrent britanniques dont deux avec une faible majorité catholique. Ce traité fut ratifié de peu par le "Dáil éireann" en décembre 1921, mais fut rejeté par une large majorité de la population. Cela entraîna la guerre civile d'Irlande qui dura jusqu'en 1923, opposant les adeptes d'une poursuite de la lutte pour obtenir l'indépendance complète de l'île et les partisans du compromis de 1921.
Durant ses premières années, ce nouvel état fut gouverné par les vainqueurs de la guerre civile.
Cependant, en 1932, "Fianna Fáil", le parti des opposants au traité, dirigé par éamon de Valera, remporta les élections (il resta au pouvoir jusqu'en 1948). En 1933, De Valera, devenu président du conseil, fit abolir le serment au souverain du Royaume-Uni.
En 1937, il fait adopter une nouvelle constitution qui renomme l'état en Éire ou en anglais "Ireland". Un traité conclu en 1938 avec le Royaume-Uni, lui laissait ses bases navales en Irlande et entérinait cette indépendance. L'Irlande resta neutre durant la seconde guerre mondiale, interdisant même officiellement au Royaume-Uni l'usage militaire de ses ports et aéroports.
En février 1948, c'est le parti "Fine Gael" qui remporte les élections. Le gouvernement est une coalition constituée avec le parti travailliste. En 1948, l'Oireachtas proclame le "Republic of Ireland Act" qui prend effet le 18 avril 1949 et qui déclare que l'Irlande est officiellement une république. Le pays quitte le Commonwealth.
Paradoxalement il ne nomme pas le nouvel état comme étant la "République d'Irlande", mais considère que cela en est la description.
Les origines de l'armée irlandaise ("Irish Defenses Forces") remontent aux rassemblements de volontaires irlandais ("Irish Volunteers") constitués en 1913 lors de la montée des mouvements indépendantistes, lorsqu'une foule d'environ 8 000 personnes votèrent par acclamation la création d'une armée irlandaise.
L'insurrection de Pâques 1913 permit à cette jeune armée de connaître l'expérience du feu, qui se poursuivit par des actions de guérilla jusqu'au traité anglo-irlandais qui mit fin à cette guerre en 1921. Cette force armée comptait alors dans ses rangs 114 000 hommes, répartis en seize divisions.
Toutefois, ce n'est qu'en 1922 que le conseil exécutif de l'état libre d'Irlande jugea légal de maintenir cette force armée.

Après la guerre civile ayant eu lieu de juin 1922 à avril 1923, la force armée irlandaise comptait 55 000 hommes, formant 68 bataillons. La majorité des hommes de troupes fut démobilisée en 1924, ramenant le nombre de soldats à 11 500 en 1927. A la fin des années 20, l'armée irlandaise est en cours d'uniformatisation, expérimentant différents équipements.
En 1926, il fut décidé d'équiper l'armée irlandaise d'un casque en acier en raison des leçons tirées de la grande guerre. Plutôt que d'adopter le casque britannique ravivant de mauvais souvenirs auprès de la population, le gouvernement irlandais était soucieux de rester neutre vis-à-vis du Royaume Uni et souhaitait donner une image à l'armée irlandaise différente de celle des armées du Commonwealth. C'est ainsi qu'un petit nombre de casques Adrian modèle 15 fut acheté et fut mis à l'essai dans les centres d'entrainement. Ces casques, qui ne portaient aucun insigne, furent rapidement écartés en raison d'une protection insuffisante.
Le ministère de la défense étudia donc la possibilité d'obtenir un casque de type allemand, utilisé durant la première guerre mondiale. Pour cela le gouvernement irlandais entra en contact auprès du gouvernement allemand par le biais du consul allemand à Dublin, demandant à recevoir rapidement un exemplaire de casque allemand en cours d'usage au sein de la Reichwehr, dans le but d'examiner si un tel exemplaire pouvait équiper l'armée irlandaise. Aussi, cette prise de contact avec l'Allemagne comprenait une commande de casques prévue dans le prochain budget de la défense. Cependant, l'Allemagne dû refuser une telle commande en raison du traité de Versailles qui lui interdisait de produire et d'exporter du matériel de guerre.
Le gouvernement britannique fut alors contacté à la suite du refus allemand, et la société Vickers Ltd. fut chargée de produire un casque proche du "stahlhelm" allemand pour le compte de l'Irlande.
La société Vickers mis au point un casque dont la forme reste très proche du casque allemand modèle 16, et fut chargé de la production des bombes uniquement. La coiffe et la jugulaire furent fabriquées en France.
L'ensemble était assemblé en Irlande à Dublin par la société T.Smith & Son. Mise au point et fabriqué à partir de 1927, ce nouveau casque fut qualifié de modèle 27.
Fabriqué à 10 021 exemplaires, le casque modèle 27 fut utilisé jusqu'à la fin des années 40, lorsqu'il fut remplacé par le casque Mark II, et quelques Mark III de fabrication britannique. Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, les casques modèle 27 retirés du service, furent repeints en blanc et remis aux autorités civiles à des fins de défense civile, pour le compte des pompiers et des forces de police.
Plus récemment, l'armée irlandaise a écrasé au bulldozer environ 4 000 exemplaires de casque modèle 27, puis enterré au cours d'un projet de construction.

Casque irlandais modèle 27.
Casque irlandais modèle 27. Casque irlandais modèle 27.
Casque irlandais modèle 27. Casque irlandais modèle 27. Casque irlandais modèle 27.

Constitution

La coque :

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Tourillon d'aération.
Tourillon d'aération.
Autre vue.
Autre vue.
Fixation par rivetage.
Fixation par rivetage.
Bordure retournée.
Bordure retournée.
Marquage estampé.
Marquage estampé.

Le casque irlandais modèle 27 est une copie du casque allemand modèle 16, toutefois sa conception présente des caractéristiques proches de celle du casque allemand et du casque autrichien modèle 17.
La forme globale du casque est celle du casque allemand modèle 16, par rapport à la position des passants de jugulaire, rivets de coiffe et tenon d'aération. Toutefois, l'échancrure de la visière est moins prononcée à l'instar du casque autrichien.
Le casque modèle 27 est fabriqué en acier classique amagnétique (y compris les tourillons et les rivets) par emboutissage progressif. La bombe du modèle 27 semble avoir été fabriquée en trois tailles, ce qu'atteste les marquages S, M et L estampés sur le cerclage en cuir de la coiffe.
L'acier employé dans la fabrication du modèle 27 n'est pas aussi résistant que de l'acier au manganèse : le modèle 27 irlandais se bossèle très facilement. Contrairement à l'acier au manganèse, l'acier classique n'est pas adapté à l'emboutissage. Ce procédé de fabrication peut occasionner des défauts d'emboutissage.
Après formation de la bombe, les bords de la plaque d'acier sont coupés puis retournés à l'intérieur du casque afin d'adoucir la bordure.
Trois trous sont pratiqués aux trois tiers du casque pour la fixation de la coiffe à l'aide de rivets à mater. Un trou est pratiqué de chaque coté du casque, à 3,5 centimètres du bord, pour la mise en place des supports de la jugulaire qui sont rivetés mécaniquement. A l'instar du casque allemand modèle 16, deux tenons d'aérations sont appliqués au casque au tiers supérieur de celui-ci. N'employant pas de plaque frontale de blindage, on peut se demander quelle est la réelle utilité de ceux-ci, hormis que le modèle 27 est une copie proche du casque allemand.
Quatre petits trous alignés horizontalement sont pratiqués à l'avant du casque pour la fixation des supports de l'insigne. Ces supports sont fabriqués à partir de petits morceaux de laiton pliés en U avec empattement aux extrémités. Ces deux supports sont rivetés au casque à l'aide de deux petits rivets mécaniques chacun.
Le casque est peint de couleur vert armée très foncé (la peinture verte étant additionné de peinture noire), appliqué à l'aérographe puis séché au four.
Enfin, chaque casque est estampé à froid au niveau de la bordure intérieur du garde-nuque par le fabricant. Ce marquage comprend la mention V. Ltd., faisant référence au fabricant Vickers Ltd., avec en dessous une lettre suivi d'un numéro. Juste à coté de ces marquages est estampé une lettre et un numéro, qui constituent sans doute le numéro de série du casque. La mention / 27, fait référence à la désignation du modèle du casque.

Modèle 27 repeint en blanc.
Modèle 27 repeint en blanc.
Vue intérieure.
Vue intérieure.

Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, plusieurs milliers d'exemplaires furent repeint en blanc extérieurement et à l'intérieur jusqu'au cerclage de coiffe lors de leur remise à différentes organisations auxiliaires. Cette peinture a la particularité de s'écailler facilement, ce pourquoi on rencontre souvent ces casques décapés afin de retrouver la peinture vert foncé d'origine.

L'insigne :

Points de fixation de l'insigne.
Points de fixation de l'insigne.
Insigne.
Insigne.
Insigne dorée de casquette.
Insigne dorée de casquette.

Les photos d'époque semblent attester que chaque casque était muni d'un insigne, pas seulement destiné aux parades mais aussi utilisé au cours des exercices. Cet emblème reprend le badge des "Irish Volunteers" dont l'armée est issue. Adopté par les volontaires dès octobre 1914 comme emblème officiel cette organisation militaire. Cet insigne comprend en son centre deux F entrelacés, faisant référence à "Fianna Fáil" signifiant armée d'Irlande ("Fianna" est le nom de l'ancienne organisation militaire datant du 3ème siècle avant JC, qui était à cette époque l'armée permanente du pays. "Fáil" signifie destinée, et l'ancien nom de l'Irlande était "Innisfáil" pour île de la destinée).
Ces deux lettres sont entourées d'un cerclage comportant l'inscription "Óglaigh na héireann" signifiant "Volontaires d'Irlande". Cette expression est le titre officiel des forces de défenses irlandaises depuis 1922.
Le tout surmonte une étoile à huit branches, elle-même entourée de flammes représentant le "Sunburst" (rayonnement du soleil), qui est le symbole traditionnel de la Fianna).
Cet insigne est fabriqué en laiton noirci, d'environ 4,6 centimètres de diamètre. Il est identique à celui ornant les casquettes d'officier, qui est de taille inférieure (4,3 cm) et fabriqué en métal dorée.
L'insigne de casque se fixe à l'aide de deux pattes soudées, s'insérant dans les deux supports situés à l'avant du casque.

La coiffe :

Rivet en cuivre maté, renforcé d'une rondelle.
Rivet en cuivre maté.
Tête de rivet.
Tête de rivet.
Autre vue.
Autre vue.
Jointure cerclage en cuir.
Jointure cerclage en cuir.
Détails couture des pattes de coiffe.
Détails couture des pattes de coiffe.
Patte de coiffe avec compartiment de rembourrage.
Patte de coiffe avec compartiment de rembourrage.
Lacets de fermeture.
Lacets de fermeture.
Coussinet de rembourrage, taille 1 et 2.
Coussinet de rembourrage, taille 1 et 2.
Patte de coiffe rembourrée.
Patte de coiffe rembourrée.
Différence épaisseur.
Différence épaisseur.
Patte de coiffe - coté extérieur.
Patte de coiffe - coté extérieur.
Coiffe.
Coiffe.

La coiffe du modèle 27 irlandais est reprise de la coiffe du casque allemand modèle 16 allemand, avec cerclage cuir.
Montée sur un épais bandeau de cuir large de 3 centimètres, jointif sur le coté droit par une couture carrée de dimension 4,3 x 2,3 cm, et dont les extrémités sont biseautées afin de ne pas surépaissir le cerclage sous une des pattes de coiffe. Le cerclage ne comporte pas d'échancrure pour contourner les points de fixation des tourillons, rivetés plus haut sur le modèle irlandais. La coiffe est composée de trois pattes de coiffe cousues au cerclage en cuir.
Chaque patte de coiffe (ayant pour dimension 14 x 14 cm, dont les dents de coiffe mesure 5,5 cm de long), fabriqué en cuir naturel de haute qualité, a sa base scindée en deux parties. L'extrémité de chacune d'elle est terminée par un trou (sans renfort) pour le passage du lacet de réglage en profondeur.

Marquage coussinet de rembourrage.
Marquage coussinet de rembourrage.
Marquage cerclage en cuir.
Marquage cerclage en cuir.

Le dos de chaque patte de coiffe comporte un compartiment de rembourrage en toile cousue, destiné à contenir une bourre. Le rembourrage de chacune des pattes de coiffe est effectué par un coussinet de toile rembourré de crin de cheval, et dont il existe 2 tailles. Chaque coussinet de coiffe comporte 3 surpiqûres afin que le crin de cheval ne se tasse pas. Chacun d'eux comporte le marquage du fabricant (HILTON BROS / 27, 27 faisant sans doute référence à la date de fabrication ou au modèle du casque), ainsi que la taille de celui-ci, indiqué en numéraire (1 ou 2 : la taille 1 étant la plus épaisse).
L'enveloppe est fermée par lacet double. Une extrémité est prise dans la couture de l'enveloppe et l'autre fixée directement au cuir au centre de la patte.
Fabriquée en France, la coiffe est réceptionnée par la société T.Smith & Son à Dublin, chargée de l'assemblage finale du casque. Cette société, estampa à froid le cerclage de coiffe, en spécifiant sa raison sociale (T.Smith & Son), sa localisation (DUBLIN), l'année ou le modèle (1927), la taille de la coiffe indiquée par la lettre S, M ou L.
La coiffe est assemblée à l'intérieur de la bombe à l'aide de rivet en cuivre à tête plate, de 15 milimètres de diamètre, insérés à l'intérieur du casque et maté à l'extérieur après y avoir inséré une rondelle de cuivre de 15 mm de diamètre aussi, pour assurer la fixation.

La jugulaire :

Boucle et tourillon de fixation - coté fixe.
Boucle et tourillon de fixation - coté fixe.
Passage jugulaire - coté libre.
Passage jugulaire - coté libre.
Boucle de réglage.
Boucle de réglage.
Vue à plat.
Vue à plat.
Marquage du fabricant.
Marquage du fabricant.

Tout comme le reste, la jugulaire est calquée sur celle du "stahlhelm" 16 allemand, toutefois la jugulaire irlandaise est munie d'une seule boucle coulissante de réglage.
Fabriquée à partir d'une bande de cuir épais mesurant environ 45 centimètres de long pour 1,6 de large (3 mm d'épaisseur), cette jugulaire comporte une boucle coulissante à double passant, de forme incurvée (2,4 x 2,6-3 mm d'épaisseur). Fabriquée en aluminium, cette boucle est maintenue à une des extrémités de la jugulaire par couture transversale. Comme pour les deux pièces sur les cotés, il s'agit d'un découpage dans une plaque d'aluminium de 3 mm d'épaisseur, dont on constate les traces de découpe manuelle. Les pièces métalliques ont la même épaisseur.
Une boucle métallique, de dimension 2,2 x 4 mm, comportant un mince passant rectangulaire, est glissée dans l'extrémité libre de la jugulaire, qui est ensuite passée dans les deux passants de la boucle coulissante. Cette boucle permettra le réglage de la longueur de la jugulaire. L'extrémité comporte enfin une seconde boucle, maintenue par repli de la jugulaire sur elle-même, puis cousue (les pièces métalliques sont bien plus épaisses que sur les "stahlhelm" 16 allemands, sans doute pour compenser la fragilité de l'aluminium).
Les deux boucles métalliques de la jugulaire, en forme d'anneau, sont destinées à maintenir celle-ci sur les tourillons à ergots rivetés de part et d'autre du casque, contre les parois interne. Les anneaux des boucles sont munis d'une encoche afin d'être enfilé dans les tourillons sans être gêné par l'ergot.
Tourné d'un quart de tour (90°) sur le tourillon, l'ergot de ce dernier empêche la jugulaire de se désolidariser du casque.
La jugulaire (coté croute vers la peau) est aussi marquée d'un tampon ovale du fabricant, dont la raison sociale commence par O'DONOGH…, basé à Dublin. L'année 1938 laisse supposé que les dates peuvent être des dates de fabrication et non pas faisant référence au modèle (du moins pour la jugulaire).