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Casque Modèle 34

Fiche

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Historique

Une coopération militaire a longtemps existé entre le Pérou et la France, où beaucoup d'officiers péruviens complétaient leur formation militaire au sein de l'école de guerre de Paris, au début du 20ème siècle.
Afin d'entretenir cette entente militaire francophile, le Pérou se rangea aux cotés des alliés durant la première guerre mondiale, à partir de 1917, en déclarant la guerre à l'Allemagne. Toutefois, la situation géographique du pays par rapport à la zone des combats fit que le Pérou resta à l'écart, rendant son action plutôt symbolique. Il en sera de même au déclenchement de la seconde guerre mondiale.
A la fin des années 20, alors que la plupart des armées à travers le monde était déjà, ou commençait à s'équiper d'un casque moderne, le Pérou souhaita doter ses armées d'un casque en acier. A cette époque, le Pérou est en pleine modernisation, lancée par le chef du gouvernement. C'est donc tout naturellement que le président dictateur Augusto Berardo Leguia se tourna vers la France, alors que le prestige de Paris était à son apogée dans le cercle politico-militaire de Lima, pour l'adoption d'un nouveau casque.
La France qui venait tout juste d'adopter le casque Adrian modèle 26, envoya plusieurs exemplaires de casques modèle 15 au Pérou à titre d'essai d'utilisation. Ces casques étaient encore munis de l'attribut de l'infanterie frappé du sigle R.F.
Les casques Adrian modèle 15 fournis à titre d'essai enchantèrent l'armée péruvienne qui souhaita s'équiper du nouveau modèle d'Adrian, fraichement adopté en France. Rapidement, une importante commande de casques Adrian modèle 26 fut passée à la France afin de fournir environ 15 000 unités à destination des cinq divisions de l'armée de terre. Bien qu'aucun document officiel ne nous permet de déterminer avec exactitude le ou les entreprises ayant participé à cette commande destinée à l'exportation, l'ensemble des exemplaires examinés nous amène à penser que seule la société FRANCK, basée à Aubervilliers, ait fournit cette commande. D'ailleurs, le même constat a été fait en ce qui concerne les casques fournis au Mexique à partir de 1934.
Cette commande ayant été honorée en 1934 et la distribution au sein de l'armée péruvienne ayant été effectué cette même année, les casques Adrian modèle 26 furent désignés comme modèle 34, année d'adoption par le Pérou.
Ces casques furent munis, dès leur fabrication, de l'attribut péruvien, symbolisant un soleil rayonnant représentant "Inti" dieu roi du panthéon Inca. Cet emblème était utilisé depuis le début du 19ème siècle comme décoration "Orden del Sol".
Le casque modèle 34 reçut son baptême du feu lors du conflit entre le Pérou et l'Equateur, conflit frontalier de sept semaines, d'où le Pérou sortit vainqueur.
Le Pérou utilisa le casque modèle 34 jusque dans les années 50. Afin de garder ses casques en condition, il dut les reconditionner à plusieurs reprises, ne bénéficiant pas de pièce de rechange fournies par la France, . Ainsi, les modèles 34 furent souvent repeints à plusieurs reprises, pour recevoir, à la fin de leur utilisation, une remise en peinture de couleur vert bouteille. Il en fut de même pour les coiffes et les jugulaires, qui lorsque qu'elles  furent détériorées, étaient remplacées par des fabrications péruviennes, bien souvent disparates.

A partir de 1950, le modèle 34 fut mis au dépôt et remplacé par le casque US M-1, issu des nombreux stocks américains de la seconde guerre mondiale, à une période où ce modèle était adopté par de nombreuses armées à travers le monde.

Casque modèle 34. Casque modèle 34. Casque modèle 34.
Casque modèle 34. Casque modèle 34. Casque modèle 34.

Constitution

La coque :

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Vue intérieure.
Vue intérieure.
Marquage taille B et fabricant FRANCK.
Marquage taille B et fabricant FRANCK.

La coque, fabriquée comme on le suppose uniquement par la société Franck, présente les caractéristiques de fabrication de cette entreprise. Elle est produite en quatre tailles, par emboutissage progressif d'une feuille d'acier au manganèse amagnétique d'une épaisseur de 9/10ème de millimètres.
La bordure brute du casque est adoucie par un jonc en acier magnétique en deux parties, jointives sur les deux cotés du casque.
La bombe est ensuite percée de quatre séries de deux trous, aux quatre points cardinaux, pour la fixation des supports de coiffe et des passants de jugulaire.
Le fond de la bombe comporte huit trous d'aération placés en deux lignes de trois trous entourant une ligne de deux trous. Ces orifices d'aération sont protégés par un cimier en duralumin, fixé en quatre points par quatre rivets fendus en aluminium. Le cimier en duralumin aux extrémités en pointe est une caractéristique des fabrications Franck.
L'avant du casque comporte deux fines fentes rectangulaires parallèles placées verticalement pour la pose de l'attribut péruvien.
L'attribut, d'un diamètre de 7,5 centimètres, est fabriqué en acier magnétique, et représente un soleil rayonnant avec en son centre un visage légèrement souriant. Cet insigne symbolise la divinité Inca "Inti".
Au dos de cet insigne est soudée une patte de fixation, aux extrémités arrondies. Elles sont destinées à être pliées à l'intérieur du casque après avoir été insérées dans les deux fentes frontales.
Le casque et l'attribut sont peints séparément de couleur vert kaki. Le fond de la bombe comporte, sous réserve qu'il ne soit pas effacé, le marquage du fabricant (FRANCK) et la taille de la bombe (A, B, C ou D) apposés à l'aide d'un tampon à l'encre noire.

Exemplaire repeint en vert bouteille.
Exemplaire repeint en vert bouteille.
Vue intérieure.
Vue intérieure.
Attribut du soleil rayonnant.
Attribut du soleil rayonnant.
Attribut peint en doré pour officier.
Attribut du soleil rayonnant.
Avec grade de capitaine.
Avec grade de capitaine.

En raison d'une longue période d'utilisation au sein de l'armée péruvienne et dans l'incapacité à se faire réapprovisionner en casque Adrian modèle 26, le Pérou utilisa les casques modèle 34 même après usure, en les reconditionnant à plusieurs reprises pour de nombreux exemplaires.
Ces reconditionnements passèrent par des remises en peinture successives du casque. Ainsi, on note plusieurs variantes de couleurs apposées sur les casques modèle 34, allant du vert kaki jusqu'au vert bouteille utilisé à la fin de l'utilisation de ce modèle.

Aussi, afin de se distinguer du reste de la troupe, de nombreux officiers prirent l'initiative de peindre de couleur dorée l'attribut de leur casque. De manière plus occasionnelle, le grade de l'officier pouvait être indiqué à l'aide de plusieurs barrettes peintes à même le casque.

La coiffe :

Fabrication française.

Coiffe noire.
Coiffe noire.
Coiffe fauve.
Coiffe fauve.
Coiffe fauve - envers.
Coiffe fauve - envers.
Coiffe fauve - revers.
Coiffe fauve - revers.
Lame ressort support de coiffe.
Lame ressort support de coiffe.
Coiffe en cuir noir - envers.
Coiffe en cuir noir - envers.
Coiffe en cuir noir - revers.
Coiffe en cuir noir - revers.
Agrafes de fixation.
Agrafes de fixation.
Détails couture agrafe et jointure bandeau de feutre.
Détails couture agrafe et jointure bandeau de feutre.
Assemblage des différentes parties de la coiffe.
Assemblage des différentes parties de la coiffe.

La coiffe du casque péruvien modèle 34 est celle équipant les fabrications destinées à l'armée française.
Elle est maintenue à l'intérieur du casque à 4 lames ressorts en forme de "T" évidé et pliées sur elles-mêmes. Chacune d'entre elles est fixée à la coque par deux rivets mécaniques, au niveau de l'évasement de la bordure du casque.
La coiffe est fabriquée en cuir de mouton, principalement glacé noir, et parfois de couleur fauve. Elle est constituée d'une bande de cuir large de 16 centimètres dont la longueur varie en fonction de la taille souhaitée. Une épaisse bande de feutre de laine de couleur grise est cousue à la base de la bande de cuir, dont la longueur doit prendre en compte cette épaisseur pour la taille de coiffe, le bandeau de feutre assurant le rembourrage de la coiffe. Cet ensemble est ensuite assemblé par une couture en zig-zag, joignant la bande de cuir et la bande de feutre.
Six pattes de cuir de forme triangulaire sont ensuite cousues sur l'autre coté de la bande. Chacune d'elle est terminée  par un trou renforcé d'un œillet métallique, pour le passage du lacet de réglage en profondeur réunissant les six pattes de la coiffe.
Six crochets métalliques plats sont cousus manuellement, par paire sur la face extérieure du bandeau de laine, et sont destinés à fixer la coiffe aux quatre supports de coiffe du casque.

Fixation de la coiffe sur une lame ressort.
Fixation de la coiffe sur une lame ressort.

Fabrication péruvienne.

Coiffe - envers.
Coiffe - envers.
Coiffe - revers.
Coiffe - revers.
Jointure bandeau de cuir.
Jointure bandeau de cuir.
Patte de coiffe.
Patte de coiffe.
Agrafe de fixation.
Agrafe de fixation.
Agrafe de fixation - jointure bandeau.
Agrafe de fixation - jointure bandeau.
Couture agrafe.
Couture agrafe.
Support de coiffe.
Support de coiffe.
Fixation de la coiffe inversée par rapport à une coiffe française.
Fixation de la coiffe inversée par rapport à une coiffe française.
Coiffe.
Coiffe.

Le cuir étant une matière relativement fragile et en raison du climat semi tropical qui règne au Pérou, les coiffes de fabrication française furent rapidement détériorées durant l'utilisation des casques modèle 34 au sein de l'armée péruvienne. Ne bénéficiant pas de stock de pièces détachées et ne pouvant pas être réapprovisionné par la France en grande partie en raison de la seconde guerre mondiale, le Pérou fabriqua ses propres coiffes afin de reconditionner ses casques détériorés.
Les coiffes de fabrication péruvienne ne répondent pas à un cahier des charges précis, amenant ainsi l'existence d'une multitude de variantes. Nous allons donc présenter un modèle, représentatif d'une coiffe de fabrication péruvienne.
Les coiffes de fabrication péruvienne ont une constitution très proche des coiffes de fabrication française. Cet exemplaire est fabriqué à partir de cuir de couleur rougeâtre. Constituée d'un bandeau de cuir, sur lequel sont cousues six pattes de coiffe taillées en pointe et terminées par un trou renforcé d'un œillet métallique creux pour le passage du lacet de réglage en profondeur.
Le bandeau de feutre est remplacé ici par une bande de toile forte pliée en deux, comportant de multiples lignes de couture sur toute la longueur pour l'assemblage.
Si jusqu'ici la coiffe est fabriquée de manière similaire aux coiffes d'origine, celle-ci comporte uniquement 4 agrafes métalliques cousues au revers du bandeau. En effet, les agrafes d'origine cousues au bandeau de feutre avaient la fâcheuse tendance à se découdre en raison du frottement de la coiffe sur les quatre lames support. Ayant donc perdu une partie de ces agrafes, les agrafes restantes sur la coiffe à remplacer furent récupérées pour l'assemblage de la nouvelle coiffe.
Ainsi, le montage des agrafes au revers de la coiffe permet le chevauchement du cuir sur les quatre lames support. Les agrafes assurent le maintien de la coiffe sur les quatre supports, de façon inversée par rapport à une coiffe française.

La jugulaire :

Fabrication française.

Passant de jugulaire.
Passant de jugulaire.
Fixation de la jugulaire par rivet.
Fixation de la jugulaire par rivet.
Boucle à double passant de réglage.
Boucle à double passant de réglage.

La jugulaire est montée sur deux passants de jugulaire fixés de chaque coté du casque en même temps que les supports latéraux de la coiffe. Chacun d'eux est constitué d'un dé rectangulaire fabriqué à partir d'un fil d'acier dont la base est enchapée par une lame métallique pliée sur elle-même, rivetée avec les supports de coiffe.

La jugulaire est identique à celle équipant les casques Adrian modèle 26. Elle se compose d'une lanière de cuir de veau, vachette ou cheval de 57 cm de long, 15 mm de large et de 2 à 2,5 mm d'épaisseur. Une extrémité est retournée et enchape une boucle coulissante métallique noire à l'aide d'un rivet tubulaire. L'autre extrémité, après être passée dans le pontet droit, traverse la boucle de réglage et vient enchapper à son tour le pontet gauche. Cette enchapure est fermée de manière définitive par un rivet tubulaire. La couleur définie comme "fauve" varie du beige au marron clair.

Fabrication péruvienne.

Passant de jugulaire.
Passant de jugulaire.
Fixation de la jugulaire par rivet.
Fixation de la jugulaire par rivet.
Boucle à double passant de réglage.
Boucle à double passant de réglage.

Comme dit précédemment, en raison du reconditionnement de ces casques utilisés de nombreuses années au sein de l'armée péruvienne, la jugulaire fut aussi remplacée par des fabrications locales lorsque celle d'origine était détériorée.
Ainsi, pour une grande majorité des cas seule la lanière de cuir, qui est l'élément le plus fragile de la jugulaire, fut remplacée, . La boucle d'origine française était dans ce cas conservée.

Dans le cas contraire, une nouvelle jugulaire avec boucle de fabrication péruvienne était montée.
Dans cet exemple, la bande de cuir a été remplacée par une lanière de cuir rouge-brun d'une largeur de 13 mm, la boucle de fabrication française (ayant perdu sa couleur noire d'origine) est conservée.