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Casque Modèle 940

Fiche

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Historique

Au déclenchement de la première guerre mondiale, le Portugal informa les autorités allemandes qu'il tiendrait ses engagements pris après de la Grande-Bretagne dans le cadre d'une alliance diplomatique et militaire, suivis de traités commerciaux, inaugurée avec le traité de Londres en 1373 (constituant sans doute une des plus vieilles alliances au monde). Cet engagement est d'autant plus respecté par le Portugal en raison d'une attaque lancée depuis l'Afrique Orientale allemande contre le poste militaire de Maziua dans la colonie portugaise du Mozambique.
La situation géographique du Portugal permit au pays de rester à l'écart du conflit durant deux années, ce qui donna l'occasion à l'état-major portugais de mieux équiper son armée. C'est finalement le 9 mars 1916 que le Portugal déclara la guerre à l'Allemagne.
Dès l'apparition du premier casque moderne employé par l'armée française dès 1915, le Portugal se mit en étude d'un casque en acier sur la base du cabasset employé durant la grande période du Portugal au 15ème siècle. Ce projet se révéla difficilement réalisable avec les moyens techniques des usines portugaises de l'époque. Jusqu'alors, l'armée portugaise était équipée de casques d'apparat et de casques coloniaux fabriqués en feutre et en liège, totalement inadaptés à une guerre moderne. Avec la déclaration de guerre en 1916, il fallut intensifier la préparation et l'équipement des troupes portugaises qui allaient être déployées en France. Pour répondre à ce besoin, le Portugal se tourna vers son alliée de toujours pour lui demander son aide pour la conception et la fabrication d'un casque moderne à l'image du Portugal. Ce projet fut attribué au major John MacIntosh, chef du service des munitions de l'armée britannique, qui conçut le premier casque portugais, dont les essais balistiques sont jugés satisfaisants et dont la fabrication fut confiée à une usine métallurgique de Birmingham dès la fin de l'année 1916.
Désigné comme casque modèle 916, ce modèle très proche du casque Mark I en usage dans l'armée britannique coiffe les soldats portugais qui montent pour la première fois au front le 30 mai 1917 dans le secteur de Neuve-Chapelle.
En raison d'une fabrication plus complexe que le casque Mark I britannique, la Grande-Bretagne proposa au Portugal fin 1917 d'adopter le casque Mark I alors fabriqué à grande échelle. Le modèle 916 s'avérant moins résistant que le casque britannique, le casque Mark I coiffe l'armée portugaise fin 1917 et est alors désigné comme casque modèle 917.

Casque d'essai importé des usines de Kobe.
Casque d'essai importé des usines de Kobe.
Casque modèle 917/30 reversé à la D.C.T.
Casque modèle 917/30 reversé à la D.C.T.

Ces casques, conservés par l'armée portugaise à la fin de la guerre, resteront en dotation jusqu'en 1939, et seront reconditionnés à grande échelle durant les années 30 pour donner le casque M917/30.
Après la prise de pouvoir par le dictateur Salazar en 1932, ce dernier fut soucieux de moderniser l'équipement de l'armée portugaise, notamment avec le lancement d'une étude pour la création d'un casque plus moderne que le modèle 917 de conception Britannique.
Cette étude porta sur l'essai de casques étrangers, notamment d'un casque de conception japonaise conçu parallèlement à l'adoption du casque Type 90 en 1930 au sein de l'armée nippone. Ce prototype était fabriqué dans un nouvel alliage d'acier au nickel-chrome-manganèse-molybdène contrairement au Type 90 japonais fabriqué en acier au chrome-molybdène. Bien que ce nouveau casque soit une amélioration du casque Type 90 avec un dégagement au niveau de la visière avant, ce modèle ne fut pas adopté par l'armée japonaise (le peu d'exemplaires fabriqués fut distribué à la police des frontières en poste en Mandchourie).
En plus de ce modèle à visière dégagée, l'armée japonaise expérimenta un casque de forme identique muni d'une plaque d'acier supplémentaire rivetée à l'intérieur avant du casque. Cette plaque supplémentaire était destinée à améliorer la protection frontale des servants de mitrailleuse en proie au danger du fait de l'immobilité de leur poste. Ce nouveau projet, mis en place par la manufacture d'acier de Kobe (Kobe Seiko), ne fut pas adopté par le Japon en raison du poids additionnel mal réparti, rendant le casque difficile à porter longtemps et instable sur la tête. Ces casques furent proposés à l'exportation et le Portugal répondit favorablement à la proposition d'export du Japon afin de tester le projet de casque issu des usines de Kobe.
Ces casques, extrapolés du casque Type 90 adopté par l'armée nippone, ont une forme qui reprend même la légère crête présente au sommet du casque. Nous ne savons pas à l'heure actuelle si ce casque fut livré au Portugal muni des éléments internes ou si seules les bombes furent livrées, à l'instar du casque modèle 34/39 grec initialement fabriqué en Italie en 1934.
Le Portugal reprocha à ce casque les mêmes points que le Japon. Afin de contrer l'instabilité due au surpoids à l'avant du casque, l'intendance portugaise ajouta une épaisse jugulaire en cuir fixée en quatre points. Malgré un intérêt particulier pour ce casque, et le changement de coiffe et de jugulaire pour palier à son principal défaut, le Portugal n'adopta pas ce modèle pour ses forces armées. Cependant, le casque issu des usines de Kobe servit de modèle à l'élaboration du modèle 940 adopté à partir de 1940.
Rejetant ce casque, le ministère de la Défense attribua l'intégralité des exemplaires importés du Japon, aux forces de police de la sécurité publique ("Policia Segurança Publica").
Avec l'adoption du casque modèle 940, fabriqué par les usines d'armement de Braço de Prata, les casques modèle 917 (et M917/30) furent retirés du service actif et furent reversé à la "Defensa Civil Territorial" (D.C.T), organisme paramilitaire.
Le casque modèle 940 resta en dotation au sein de l'armée portugaise jusque dans les années 70, malgré la modernisation de ce modèle pour donner le casque modèle 940/63 (modernisation de l'aménagement intérieur avec suspension "Riddel" en toile et jugulaire à ouverture rapide) et l'adoption du casque modèle 964, fabrication du casque modèle 51 TTA français sous licence.

Casque modèle 940. Casque modèle 940. Casque modèle 940.
Casque modèle 940.
Casque modèle 940. Casque modèle 940. Casque modèle 940.
Casque modèle 940. Casque modèle 940.

Constitution

La coque :

1ère fabrication.

Rivet d'aération légèrement bombé.

Vue de coté.
Vue de coté.
Trou d'aération rapporté.
Trou d'aération rapporté.
Vue intérieure.
Vue intérieure.

Rivet d'aération plus bombé (exemplaire reconditionné à partir de 1963).

Vue de coté.
Vue de coté.
Trou d'aération rapporté.
Trou d'aération rapporté.
Vue de biais.
Vue de biais.
Vue intérieure.
Vue intérieure.

La bombe du casque portugais modèle 940 est fabriquée en taille unique d'une seule pièce par emboutissage d'une feuille d'acier magnétique. Après formation de la bombe, la bordure est découpée pour donner la forme définitive du casque. La découpe effectue un décrochement sur les côtés pour la mise en forme de la visière avant. La bordure est laissée brute, et est légèrement évasée vers l'extérieur.
Les premières fabrications comportaient un trou d'aération latéral pratiqué à l'aide d'un rivet creux à tête bombée en aluminium. A noter qu'il existe deux types de rivets d'aération, un légèrement bombé d'un diamétre de 10 millimètres et un autre type plus bombé et plus petit de 8 mm). Ce rivet maintenait dans la bombe la patte métallique retenant le passant de jugulaire articulé, constitué d'une boucle métallique de forme rectangulaire, dont la base est prise dans une enchapure métallique.

2éme fabrication.

Vue avant.
Vue avant.
Vue de coté.
Vue de coté.
Vue arrière.
Vue arrière.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Trou d'aération.
Trou d'aération.
Vue intérieure.
Vue intérieure.
Exemplaire peint, puis repeint en kaki/beige.
Exemplaire peint, puis repeint en kaki/beige.

Puis rapidement, dans un souci de simplification de la fabrication, les trous d'aération latéraux sont effectués par emboutissage de la paroi du casque. Les passants de jugulaire sont désormais fixés par soudure électrique.
Six petites pattes métalliques sont fixées par soudure électrique aux trois tiers de la circonférence médiane du casque pour la fixation ultérieure du cerclage maintenant la coiffe en cuir. Ainsi, l'extérieur de la bombe ne laisse apparaître aucun point de fixation de la coiffe, ce qui rend difficile la distinction entre un casque modèle 940 et un casque modèle 940/63 sans retourner le casque.
La bombe du casque est peinte de couleur marron kaki ou vert kaki de manière satinée. Certaines fabrications ont reçu une couche d'apprêt avant mise en couleur. Les casques destinés aux forces de police étaient peints de couleur noire brillant. Aussi on note des exemplaires peints de couleur gris pour des casques affectés dans la marine portugaise.
Enfin, le casque modèle 940 ne possède aucun marquage de fabrication ou d'indication de taille ce qui nous laisse supposer que ce casque fut fabriqué en taille unique.

Reconditionnement.

Vue de biais.
Vue de biais.
Vue intérieure.
Vue intérieure.

On note aussi des reconditionnements de casque modèle 940 modifié en modèle 940/63. Pour un casque ne possédant pas l'œillet d'aération rapporté, ce type de reconditionnement est difficile à identifier, ce qui est évidemment flagrant pour une bombe de première fabrication.
Pour ces reconditionnements, la coiffe montée sur cerclage et la jugulaire en cuir sont ôtées. La bombe est repeinte en intégralité de couleur vert kaki, et une suspension de type "Riddel" en toile de coton kaki est montée grâce aux six agrafes crampons de la coque. La coiffe est maintenue à l'aide de plaques de maintien maintenues par ces agrafes. La jugulaire est remplacée par un modèle en toile de type "webbing" en coton de couleur kaki, et dont l'ouverture est assurée par une boucle à crochet reprise du casque US M-1.

La coiffe :

Cerclage en aluminium.
Cerclage en aluminium.
Jointure cerclage.
Jointure cerclage.
Cerclage en acier peint.
Cerclage en acier peint.
Jointure cerclage.
Jointure cerclage.
Détails fixation patte de coiffe et cerclage.
Détails fixation patte de coiffe et cerclage.
Dos patte de coiffe montée sur cerclage en acier.
Dos patte de coiffe montée sur cerclage en acier.
Dos patte de coiffe montée sur cerclage en aluminium.
Dos patte de coiffe montée sur cerclage en aluminium.
Compartiment de rembourrage, fermeture par lacet.
Compartiment de rembourrage, fermeture par lacet.
Coussinets de rembourrage.
Coussinets de rembourrage.
Patte de coiffe.
Patte de coiffe.
Lacet de réglage en profondeur.
Lacet de réglage en profondeur.
Coiffe.
Coiffe.
Vue d'ensemble.
Vue d'ensemble.
Marquage Y.
Marquage Y.
Marquage 1.
Marquage 1.
Marquage illisible.
Marquage illisible.

La coiffe, constituée de trois pattes en cuir, a une conception semblable à celle installée dans le casque allemand modèle 16 produit à partir de 1917.
Montée sur un cerclage en acier auquel cas il est peint de couleur proche de celle de la bombe (sans doute peint dans le but de le protéger de l'oxydation) ou en aluminium nu, celui-ci est constituée d'une bande métallique large de 2,5 centimètre, dont la longueur supérieur est repliée sur elle-même pour rigidifier l'ensemble. Le cerclage est jointif à l'arrière par superposition de ses extrémités (et dont l'extrémité insérée dans l'autre est légèrement découpée au niveau du pliage) et est solidarisé à l'aide de deux rivets mécaniques en acier.
Le cerclage est percé de trois séries de quatre perforations pratiquées aux trois tiers du casque. Elles sont destinées à maintenir les pattes de coiffe à l'aide de quatre attaches parisiennes aux extrémités plates et fabriquées en aluminium.
Les pattes de coiffe sont fabriquées dans du cuir épais de couleur cognac, et dont la base est scindée en deux avec chaque extrémité perforée à deux reprises où les trous sont renforcés d'un œillet creux en laiton. Ces orifices sont destinés au passage du lacet de réglage en profondeur de la coiffe. Ce lacet plat est fabriqué en coton de couleur noir et dont les extrémités sont renforcées d'un empiècement métallique pour éviter son effilochement.
Chaque patte de cuir est perforée de dix trous de différents diamètres et répartis en quinconces. Ils sont destinés à l'aération du crâne.
Les côtés des pattes de coiffe sont repliés sur eux-mêmes sur 10 millimètres pour retenir un morceau de toile de couleur grise par une couture en "U" solidarisant le cuir plié sur lui-même. Cette manœuvre est destinée à la création du compartiment de rembourrage de la patte de coiffe. Le rembourrage est effectué à l'aide d'un coussinet de forme rectangulaire de dimension 10 x 4,5 centimètres d'épaisseur variable (environ 1 cm). Il est confectionné avec de la toile de couleur grise et rembourré de crin de cheval. Pour éviter qu'il ait une forme bombée, le coussinet comporte cinq points de couture sur sa ligne longitudinale et trois centrés sur la verticale (donc un commun).
Le maintien du coussinet dans le compartiment en toile est assuré par deux morceaux de lacet destinés à être noués. Un est solidarisé au centre de la couture basse du compartiment, le second est solidarisé au centre de la partie ouverte du compartiment par un petit trait de couture sur le cuir de l'élément de la coiffe.
A noter que le cuir de chaque patte de coiffe est rainuré sur toute sa périphérie et comporte une croix estampée sur la partie rectangulaire où est cousu le compartiment de rembourrage.
Enfin la coiffe est solidarisée dans la bombe aux six agrafes métalliques soudées dont les extrémités sont repliées sur le cerclage. Etant placées aux trois tiers du casque au niveau de chaque patte de la coiffe, celle-ci sont perforées au niveau du cerclage pour le passage de l'extrémité supérieur de chaque agrafe. Ainsi, celles-ci sont presque invisibles une fois la coiffe en place.
Tout comme la bombe, la coiffe ne comporte aucun marquage d'indication de taille, nous laissant supposer que ce casque ait été fabriqué en taille unique. Toutefois on peut noter la présence de lettre tamponné au dos du cuir utilisé dans la fabrication de la coiffe. Un des exemplaires ayant servi de support à la rédaction de cette fiche présente un tampon de forme ovale appliqué sur la surface tannée d'une des pattes de coiffe. Malheureusement illisible, nous n'avons pu déterminer si ce marquage est lié à la fabrication ou à une affectation régimentaire.

La jugulaire :

La jugulaire est composée de deux demi-jugulaires fabriquées en cuir de couleur cognac. Ces bandes de cuir, épaisses de 1,5 à 2 millimètres, ont pour dimension 30 x 1,5 centimètre et ont pour particularité d'être rainurée sur leurs deux longueurs. Chacune de ces demi-jugulaires comporte à une de leurs extrémités une boucle à double fentes fabriquée en laiton. Cette boucle, retenue par le cuir de la demi-jugulaire attenante repliée sur elle-même et solidarisée par un rivet double en laiton. La boucle coulissante est par ailleurs légèrement incurvée vers l'extérieur pour en faciliter le déplacement.
Les extrémités libres de deux demi-jugulaire sont glissées dans la boucle de son homologue solidarisant ainsi les deux parties et sont ensuite rivetées à l'aide d'un rivet double en laiton aux deux passants de jugulaire solidarisés dans la bombe.
Les retours rivetés de chaque extrémité des bandes de cuir constituant la jugulaire offre une longueur de déplacement de 23 à 25 centimètres pour chaque partie.
Les passants de jugulaire sont constitués d'une boucle de forme rectangulaire fabriquée en fil d'acier, dont la base où se situe la section est emprisonnée dans une patte métallique repliée sur elle-même et jouant le rôle de charnière.
Cette patte, de dimension 5,2 x 2 centimètres sur les premières fabrications, est fabriquée en laiton et est solidarisée par le rivet d'aération en aluminium de la bombe. Dans les fabrications ultérieures, cette patte est fabriquée en acier et est raccourcie pour obtenir une dimension de 3 x 2 cm. Elle est solidarisée dans la bombe par trois points de soudures électriques.

Pontet premier modèle.
Pontet premier modèle.
Pontet second modèle.
Pontet second modèle.
Jugulaire réglable par deux boucles coulissantes.
Jugulaire réglable par deux boucles coulissantes.
Jugulaire réglable par deux boucles coulissantes.

Quelques exemples

Exemple1. Exemple1.
Exemplaire du premier type.

Exemple2. Exemple2.
Exemplaire second type, de couleur marron/kaki.

Exemple3. Exemple3.
Exemplaire second type, de couleur marron/kaki repeint en extérieur.

Exemple4. Exemple4.
Exemplaire second type, de couleur vert/kaki neuf de stock.

Exemple5. Exemple5.
Exemplaire second type, repeint.

Exemple6. Exemple6.
Exemplaire second type, repeint de couleur vert.

Exemple7. Exemple7.
Exemplaire du premier type reconditionné à partir de 1963.